Contrairement à des amis du club, je n’ai pas eu la chance de le rencontrer lors de son exposition à Offranville en 1984. C’est certainement ma plus grande punition à mon entrée tardive au PCCO, car Jeanloup SIEFF m’accompagna dès mes premières amours photographiques. Ce n’est la avec le journal Elle, qui lui offrit sa chance dans la fin des années cinquante, que je le découvris, mais plutôt avec le magazine Photo qui dès son numéro un de juillet 1967 lui ouvrit ses pages. Et puis il y eut le choc, en 1978, de son livre sur la Vallée de la Mort. Ce fut alors la découverte de ses noirs profonds, de ses ciels plombés, des seins de Barbara (qui va devenir sa femme) surgis comme un soleil dans le désert américain, du visage ridé d’une vieille cuisinière américaine de snack bar. Et puis encore et toujours le noir, le vrai noir, celui où contrairement à tous les principes de tirage, le regard se perd, se noie comme dans l’eau d’un puits ; ce noir qui engloutit avec lui le secret de l’image. Ce contraste, cette violence de la lumière m’attirèrent tout naturellement vers les images de ce parisien d’origine polonaise, qui semblait résumer en deux couleurs, l’opposition permanente du monde : la peau et la matière, la nudité et le vêtement, la terre et le ciel. Dès lors, j’allais m’attacher à suivre pas à pas son oeuvre. J’appris donc à reconnaître ses photos de mode dans Vogue, qui lui offrit le luxe de rencontrer de belles femmes, de les photographier et d’être payé pour cela, ses images publicitaires uniques comme celles des chaussures Carel, ses photographies de derrières postérieurs à Mai 68, ses corps légèrement habillés par la lumière et teintés d’un érotisme puissant, ses portraits de célébrités comme cet émouvant visage de François HARDY qu’il réussit à saisir malgré la douleur de son cancer implacable. Mais Jeanloup SIEFF, c’était aussi l’amour des mots qu’il aimait faire s’entrechoquer, triturer pour un jeu de mots ou un aphorisme digne de Cioran.






